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Lettre ouverte du SNUipp-FSU aux enseignants parisiens

publié le 3 février 2013

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Cher-es collègues,

Le SNUipp-FSU Paris souhaite réagir suite à la circulation des différents documents par la Ville des derniers jours, ainsi qu’à certains propos tenus par des membres de l’exécutif municipal.

Pour certain-es élu-es municipaux, et non des moindres, notre grève et plus largement notre mobilisation exprimeraient "un malaise" ou de la "frilosité" de notre part puisque comme à notre habitude, nous souhaiterions que rien ne bouge et nous nous satisferions apparemment de l’absence de démocratisation du système éducatif français et de nos piètres conditions de travail et d’emploi. En creux, seuls le gouvernement et l’exécutif parisien voudraient donc lutter contre la traduction des inégalités sociales en inégalités scolaires... Eux seuls sembleraient savoir ce qu’il faut pour l’école et plus largement pour nous-mêmes en tant que professionnels de l’éducation.

Il faut être étranger à la réalité actuelle des écoles parisiennes pour tenir les propos entendus ces derniers jours. Les pressions exercées par certaines mairies d’arrondissement, relayées par certain-es ICC, la « manipulation » de certains médias n’ont pas empêché des centaines d’enseignant-es, de parents d’élèves, d’agents de la Ville de se réunir dans les écoles parisiennes.
Comment affirmer que l’allongement de la pause méridienne envisagée jusqu’alors par la Ville et les activités péri-scolaires permettraient de réduire les inégalités territoriales et sociales au sein de la Ville de Paris, alors même que le temps à disposition des écoles ne permettra pas aux élèves de celles de la périphérie parisienne de se rendre dans les musées situées le plus souvent dans le centre de Paris. Sont-ils au courant qu’il faut au moins un quart d’heure à une classe de l’école Charles Hermitte dans le 18ème pour se rendre au métro ? Sont-ils au courant qu’il faut au moins trois quarts d’heure pour une classe d’une école située Porte de Vanves, Porte Brancion ou Porte de Champeret pour se rendre dans le Centre de Paris ? Sont-ils au courant que les enseignant-es parisien-nes doivent dorénavant quémander auprès des Mairies d’arrondissement pour obtenir des tickets de métro afin d’organiser une sortie ?
Enfin, se rendent-ils compte des conséquences de l’allongement de la pause méridienne sur la vie personnelle et professionnelle des enseignant-es parisiennes ? Alors même que ce corps largement féminin habite souvent loin des écoles parisiennes, nous allons devoir enseigner devant tous les élèves quatre jours par semaine de 8h30 à 16h30 et le mercredi de 8h30 à 11h30 et placer nos trois heures de réunions, formation, activités pédagogiques le soir de 17 à 20h, le mercredi après-midi ou le samedi… Heureusement, il nous restera le dimanche pour préparer nos classes…
Comment se targuer de la volonté de maintenir une Éducation NATIONALE quand aucun fond réel de péréquation ne serait mis en place pour permettre un péri-scolaire de qualité sur l’ensemble du territoire ? De plus, il reviendrait à chaque municipalité de définir le temps scolaire, le paraphe du DASEN sur le projet municipal n’étant qu’un paravent à cette volonté acharnée de décentralisation à marche forcée quelles qu’en soient les conséquences…
La municipalité par son obstination et son dogmatisme se rend-elle compte qu’elle mettrait à mal les conditions de la rentrée 2013 et qu’elle amènerait les personnels administratifs du Rectorat, déjà en nombre insuffisant, à travailler dans des conditions très difficiles ? Toutes les opérations administratives de temps partiels sont actuellement bloquées.

Comment peut-on dire avec un tel aplomb que rien n’est décidé et que seul l’exécutif parisien serait porteur du débat et de la concertation, que rien ne serait ficelé quand on voit ce qui circule sur les différentes listes de diffusion : proposition de contrat de péri-scolaire pour l’année prochaine entérinant les décisions de la DASCO et des élu-es de la Ville de Paris, projet éducatif déjà ficelé... Quelle méconnaissance pédagogique quand on affirme que la réforme Peillon reviendrait sur la réforme Darcos de 2008 alors même qu’elle entérinerait la réduction de deux heures d’enseignement pour tous les élèves, décision qui fait débat au sein de notre profession. Comment pourrait-on se dire professionnel de l’éducation quand on veut réformer le contenant avant le contenu, c’est-à-dire l’emploi du temps scolaire avant de réformer la réforme des contenus et des méthodes d’enseignement ?

Comment se dire porteur d’un changement des contenus d’enseignement quand aucune rupture réelle avec le socle commun de la loi Fillon n’est avancée ? Comment peut-on affirmer que tous les chronobiologistes sont en faveur de la réforme Peillon ne serait-ce qu’au regard de la position de Claire Leconte exposée dans l’interview qu’elle a accordée au SNUipp-FSU Paris la semaine passée... Quelle manque de connaissance ou de compréhension des mandats du SNUipp-FSU quand on affirme que le « Plus de maîtres que de classes » va s’appliquer dès la rentrée de 2013 alors même que ce mandat historique prévoit la déconnexion du temps de travail des enseignant-es et du temps de classe des élèves et est en lien avec une baisse du temps de service des enseignant-es, ainsi qu’avec une transformation du contenu de nos obligations de service.

Peut-on vraiment présenter le Ministre comme seul défenseur de l’intérêt de l’enfant quand celui-ci s’obstine à maintenir le calendrier scolaire pour l’année prochaine qui prévoit 10 semaines à la suite en mai-juin pour les élèves de la zone C, alors même qu’il a été rejeté par la FCPE, les syndicats enseignants -es… ? Faut-il être grand clerc pour comprendre que le Ministre n’avait alors qu’un seul but : préserver les intérêts du lobby du tourisme.
Est-ce encore l’intérêt de l’enfant qui a guidé le Ministre lorsqu’il répond aux problèmes rencontrés dans le cadre des activités péri-scolaires par l’augmentation du nombre d’enfants par adulte encadrant ces activités ? Certes, comme le dit Monsieur Peillon, il s’agit d’offrir une « respiration aux collectivités territoriales », mais certainement pas aux enfants, ni aux personnels qui vont être chargés de les encadrer ! Disons-le tout net, il n’est pas question de mettre en cause les personnels en question, mais bien les conditions inacceptables dans lesquelles les place la Ville de Paris !

Quelle ignorance ou mauvaise foi quand il est dit que la France est le dernier de la classe en termes de longueur des journées et du faible nombre de journées d’enseignement au sein de l’Union européenne...et que cela seul semble être responsable de l’absence de démocratisation de notre système scolaire. Ces tenants d’un soi-disant progressisme ont-ils lu entièrement les derniers rapports analysant les différences des systèmes éducatifs au sein des pays de l’OCDE ? Certainement pas... les effectifs moyens dans les classes des écoles françaises sont parmi les plus hauts (d’ailleurs à Paris, la moyenne est une des plus importantes en France), la formation et les salaires des enseignant-es français les plus mauvais... Comment est-il possible de dire que l’on veut changer la société et assumer une politique qui continue à considérer tous les services publics et leurs agents comme un coût et non pas comme un investissement ?

La Mairie de Paris est face à ses propres contradictions... Il y a deux mois la crise économique et les nouvelles contraintes budgétaires imposaient de supprimer plusieurs centaines de milliers d’euros dans le budget des classes de découverte. La mairie de Paris imposait le gel des concours de PVP et affirmait ne pas pouvoir effectuer de travaux dans les écoles. Elle n’était pas en capacité de recruter d’ATSEM ni d’ATE, alors même qu’elles ne sont pas ou peu remplacées quand elles sont absentes. Elles imposaient enfin de maintenir un grand nombre d’agents de la Ville dont les surveillants de cantine, les animateurs…dans la précarité, l’absence d’évolution de carrière, l’absence de formation.
Pourquoi Monsieur Delanoë et Mesdames Hidalgo et Brossel ont-ils besoin d’appliquer la réforme contestée des rythmes en 2013 pour changer concrètement la situation des écoles parisiennes et des personnels que la Ville emploie ?
Enfin, comment peuvent-ils dire qu’eux seuls sont porteurs de l’intérêt général quand un membre du cabinet de Mme Brossel, qui est censé représenter tous les Parisiens et Parisiennes quelle que soit leur opinion politique, diffuse notamment aux représentants du Maire de Paris aux conseils d’école un tract partisan du parti socialiste expliquant les bienfaits de la réforme des rythmes... Peu importe par quel parti politique ce tract a été élaboré... après le mépris et l’opacité, c’est au mélange des genres que se livre l’exécutif parisien...

Comment peuvent-ils se dire être seul-es à être porteurs de l’intérêt des enfants parisiens quand la décision de la municipalité semble être guidée aussi et surtout par la volonté de sauver les soldats Peillon, Ayrault et Hollande ? En effet, aux dires de certain-es, si la réforme des rythmes ne s’applique pas à Paris, c’est le gouvernement dans son ensemble qui sera mis en difficulté...
A entendre ces élu-es municipaux, la demande de l’ensemble des syndicats de mettre tout sur la table (y compris la question des rythmes scolaires) lors d’un grand débat, la proposition du SNUipp-FSU de tenir des États généraux de l’école à Paris ne sont que des manœuvres pour enterrer tout changement de l’école. D’ailleurs, faut-il ne pas comprendre la réalité du travail enseignant quand un élu affirme que certain-es se sont bien accommodé-es de l’organisation du temps scolaire tel qu’il a été décidé unilatéralement par le Ministre Darcos de 2008...

Alors oui, les experts ont débattu des rythmes scolaires depuis 10 ans, 20 ans, 30 ans dans la bulle de la rue de Grenelle ou de l’Hôtel de Ville ... mais ces élu-es se rendent-ils comptent que sur le terrain, il n’a pas été donné la possibilité aux enseignant-es, aux parents d’élèves, aux ATSEM, aux animateurs, aux gardien-nes d’école de débattre de l’ensemble des questions...
Imaginons qu’ils aient raison, que leur réforme des rythmes est bonne et applicable dès septembre 2013 à Paris. Une seule question se poserait tout de même : est-il possible de changer l’école sans ou contre les enseignant-es, les agents des collectivités territoriales, les parents d’élèves... ?

Une note positive tout de même, quoique très relative... les élu-es semblent conscients de la chute libre du pouvoir d’achat des enseignants du premier degré... c’est la raison pour laquelle Monsieur Peillon va ouvrir des négociations... Changement de posture quelques mois après que notre Ministre a dit que les enseignants du premier degré allaient travailler plus sans aucune revalorisation.. notre vocation et notre attachement sans faille au service public d’éducation justifiant bien quelques sacrifices au nom de la crise économique mondiale et de la politique austéritaire qui l’accompagne et que la FSU dénonce... Pas besoin d’attendre des négociations pour abroger le jour de carence, pour augmenter immédiatement le point d’indice pour tous les fonctionnaires, pour remédier à la baisse du pouvoir d’achat des enseignants et plus particulièrement celui du premier degré comme nous l’avons réclamé dans la rue hier ! Pour finir, une vraie bonne nouvelle, la municipalité parisienne après plus de 10 ans de mandature s’est rendu compte que le projet éducatif de la Ville était creux et ce malgré les revendications et les propositions portées par le SNUipp-FSU Paris depuis des années… La Ville a réalisé que l’empilement des dispositifs sans aucune cohérence et ce malgré le budget important consacré aux écoles ne luttait pas réellement contre les inégalités sociales et territoriales… Elle va donc se mettre au travail et réfléchir… Très bien, mais est-il possible d’en débattre sereinement dans le contexte de conflit actuel ?

Les enseignant-es se sentent à la fois trahi-es et méprisé-es. Ce n’est pas de l’inquiétude, de l’incompréhension, de la frilosité qui s’expriment, mais bien de la colère et elle est plus que légitime !

Nous devons faire preuve de courage, garder la tête haute face au rouleau compresseur car a priori, au regard des propos tenus par certain-es élu-es, du contenu de certaines réformes, ils ne sont pas nombreux celles et ceux qui veulent comme nous transformer réellement l’école et plus largement la société. Ensemble, continuons à nous mobiliser, à débattre dans les écoles... Manifestons et appelons à manifester samedi 2 février, participons à la réunion publique de mercredi 6 février au Gymnase Jappy (ça y est, la Mairie a enfin rendue public le lieu de débat), mettons-nous massivement en grève le 12 février, grève à laquelle le SNUipp-FSU et d’autres organisations appellent au niveau national... Nous pouvons, et plus précisément nous devons gagner ! Notre bataille n’est pas vaine, nous devons imposer un vrai débat démocratique pour l’école et surtout ne pas nous contenter de l’aménagement des politiques passées.

C’est à une vraie rupture qu’appellent le SNUipp et la FSU ! Non pas par goût de la contestation ou de l’immobilisme, mais bien parce que nous voulons vraiment changer l’école ! Mais changer, c’est pour du mieux, du mieux pour les élèves et pour les enseignant-es !

Le bureau départemental du SNUipp-FSU Paris


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