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Réforme de la formation initiale Des changements inquiétants pour les étudiant-es et les formateur-trices

publié le 30 juin 2021

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Ça y est, l’heure de la réforme Blanquer a sonné ! En septembre 2021, la nouvelle mouture de la formation initiale sera effective et elle est bel et bien dangereuse pour les futur-es enseignant-es et pour l’École.

Depuis toujours, le SNUipp-FSU se bat pour une formation ambitieuse, sur un temps long et rémunérée sous statut de fonctionnaire stagiaire.

C’est tout le contraire qui est prévu pour nos futur-es collègues. L’entrée dans le métier est encore retardée d’un an avec un concours placé désormais en fin de M2 (jusqu’à présent en fin de M1). Le statut de fonctionnaire stagiaire en M2 disparait au profit d’une contractualisation des étudiant-es qui formeront un vivier de remplaçant-es et de compléments pour 865€ brut par mois ! Et au programme, toujours plus de « fondamentaux » : 50% du contenu de la formation consacrés au français et aux mathématiques sous un angle purement mécaniste.

Même si nous continuons à nous opposer à cette réforme, sa mise en oeuvre doit nous préoccuper et la réflexion collective doit nous permettre de protéger les conditions de travail de toutes et tous dans les écoles parisiennes. Nous avons donc été reçu-es en audience, à notre demande, par l’Académie, le 18 mai et le 8 juin. Un échange a également eu lieu avec les formateur-trices.

Tout cela, vous le constaterez, ne manque pas de soulever questionnements et inquiétudes. Nos réflexions collectives pour défendre une formation de qualité et la préservation du métier de formateur-trices, doivent continuer à nous occuper dans les mois qui viennent. En attendant de nous retrouver à la rentrée 2021, voici déjà un premier bilan.

Multiplication des profils d’étudiant-es et stagiaires dès la rentré 2021

La réforme prévoit le recul du concours en fin de M2 (première session en avril 2022), avec deux années pré-concours de formation, non obligatoires, et une année post-concours de fonctionnaire stagiaire à temps plein pour les lauréat-es titulaires du Master MEEF. L’année 2021-2022 sera donc une année de transition où se côtoieront à l’INSPE et dans les écoles des PES lauréat-es du concours 2021 et des non-lauréat-es inscrit-es en M2 alternant.

Pour mieux comprendre, voici un récapitulatif des profils d’étudiant-es et stagiaires présent-es dans les écoles à la rentrée 2021 et à la rentrée 2022.

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Arrivée d’étudiant-es contractuel-les dans les écoles en septembre 2021

Les premières cohortes d’étudiant-es contractuel-les arriveront donc dans les écoles à la rentrée 2021. Les recalé-es du CRPE 2021 auront déjà la possibilité de s’inscrire à la nouvelle formule du Master 2 et se verront proposer des contrats d’alternance correspondants à des « stages » en responsabilité à tiers temps.
Voici une synthèse des informations dont nous disposons sur les modalités de ces contrats et des questions qui subsistent encore.

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Le statut précaire de ces étudiant-es et le flou qui persiste sur le processus de suivi, les attentes institutionnelles et le processus d’évaluation, nous inquiètent grandement. Le fait que ces étudiant-es devront cumuler la responsabilité de classe, la préparation du concours et l’obtention d’un master nous laisse supposer que l’année de M2 va être particulièrement difficile.
Le SNUipp-FSU Paris sera présent tout au long de l’année pour apporter son soutien à ces étudiant-es, qu’ils et elles n’hésitent pas à nous solliciter lors des permanences à l’INSPE, par mail ou par téléphone.

Surcharge de travail pour les CPC et PEMF

On le voit bien, la multiplication des profils d’étudiant-es et stagiaires va poser des problématiques de répartition des missions de suivi et d’évaluation pour les formateur-trices de terrain. Il est nécessaire d’anticiper dès aujourd’hui cette redéfinition des missions et éviter la surcharge de travail que cela pourrait représenter.

Les formateur-trices sont nombreux-ses aujourd’hui à faire part de leur souffrance : perte de sens du métier, détournement des missions vers des taches administratives, surcharge de travail et insuffisance des décharges, valorisation ridicule.
L’arrivée de nouvelles missions avec cette réforme ne peut qu’inquiéter tout le monde : suivi des M2 alternant-es, suivi des différents profils de fonctionnaires stagiaires, intervention à l’INSPE, intervention dans la formation continue, etc. Il est absolument nécessaire de travailler à un cadrage des missions pour permettre une priorisation et une juste et transparente répartition des tâches à l’échelle académique.

Former et recruter davantage de PEMF est également indispensable. Malheureusement, si la fonction semble de moins en moins attrayante, cela ne risque pas de s’arranger avec la refonte du CAFIPEMF qui s’annonce !

Continuer à revendiquer une formation initiale de qualité

Le SNUipp-FSU revendique des pré-recrutements dès la L1 et à tous les niveaux du cursus, un concours placé en fin de L3 suivi d’une formation initiale professionnelle de deux ans, rémunérée, sous statut de fonctionnaire stagiaire et validée par un master. Les stages doivent s’inscrire dans une logique de formation pleinement articulée à l’INSPE, inclure des temps de préparation et d’analyse de pratiques et permettre de découvrir tous les cycles. Une première année de titulaire à mi-temps en classe permettrait de construire des compléments didactiques et disciplinaires, pour s’exposer à l’analyse de pratique. Enfin, la formation initiale doit se poursuivre en T2.

Comprendre l’architecture de la formation à l’heure actuelle et la proposition du SNUipp-FSU.

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Pour le SNUipp-FSU, la formation initiale doit permettre aux futur-es enseignant-es de pouvoir enseigner toutes les disciplines de l’école primaire. Elle doit également permettre à chacun-e de devenir enseignant-e. Pour cela, elle doit croiser la recherche, avoir un contenu riche couvrant tous les pans du métier et des stages progressifs permettant d’articuler théorie et pratique.
Enseigner est un métier qui s’apprend, il est grand temps d’investir dans la formation initiale !

Une entrée dans le métier de plus en plus difficile

Défendre une formation de qualité, c’est défendre la professionnalité des professeur-es des écoles et oeuvrer pour une amélioration globale de l’École. Depuis 2013 et le passage à la masterisation, la formation initiale a été fortement dégradée, rendant de plus en plus difficile l’entrée dans ce métier exigeant.

Aujourd’hui les néo-titulaires prennent leur premier poste avec de graves carences de formation. Propulsé-es dans des classes avec peu d’outils, peu d’accompagnement, sur des postes souvent difficiles, après une année de stage éreintante, les nouveaux enseignant-es vivent souvent leurs premières années comme un calvaire. Couplé à un salaire trop faible, une reconnaissance sociale et professionnelle quasi-nulle, et une immobilité professionnelle subie (difficulté à obtenir une mutation, un détachement, un temps-partiel ou une disponibilité) personne ne sera surpris que le métier manque aujourd’hui d’attractivité et rencontre une grave crise de recrutement.

Il est urgent d’agir pour revaloriser financièrement les enseignant-es, reconnaitre leur professionnalité, leur donner les outils réflexifs pour concevoir leurs enseignements et assouplir la mobilité professionnelle. Malheureusement, ce qui se profile est tout autre. Le projet libéral porté par le gouvernement Macron ne fait qu’accentuer ces amers constats en appauvrissant la formation initiale, en précarisant encore plus les aspirant-es enseignant-es, en allant toujours plus loin dans le New Management Public et le démantèlement de la fonction publique…
Il est urgent de réagir et de s’opposer à cette vision mortifère de l’École publique !


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