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Massacre de la formation initiale ! Le point sur la réforme

publié le 16 décembre 2020

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Malgré la crise sanitaire, Jean-Michel Blanquer a poursuivi, voire accéléré la réforme de la formation des enseignant-es. Une formation appauvrie de ses contenus, un concours tardif, une surcharge de travail pour les étudiant-es, utilisé-es comme moyens de remplacement dans les écoles… Une catastrophe annoncée !

Une formation centrée sur les « fondamentaux » : une vision étriquée des élèves et du métier d’enseignant-e

Jean-Michel Blanquer porte une vision de la formation initiale resserrée sur la pratique de terrain et l’enseignement des fondamentaux (didactiques des maths et du français occupant plus de 50% du temps de formation). Sous couvert d’une formation plus proche des réalités du terrain, le Ministre propose une formation appauvrie et dépossède les futur-es enseignant-es d’outils essentiels pour penser et concevoir une pédagogie ambitieuse.

Enseigner ne se résume pas à de la gestion classe et à l’application de méthodes conçues et prescrites par d’autres ! Enseigner au quotidien requiert au contraire une excellente capacité d’analyse et d’adaptation afin de sélectionner, concevoir et mettre en oeuvre des supports, des outils, et des contenus d’enseignements adaptés aux profils des élèves. Or ces capacités ne peuvent se développer que par le biais d’une formation appuyée sur les apports théoriques de toute la recherche et des stages pratiques progressifs et accompagnés.

En outre, les évaluations internationales le montrent : la France creuse les inégalités scolaires liées à l’origine sociale des élèves. Pour parvenir à réduire ces écarts comme la plupart des pays de l’OCDE, l’École doit être un lieu d’ouverture sur le monde et permettre aux élèves les plus éloigné-es de la culture scolaire de donner du sens aux apprentissages. Resserrer l’école sur les « savoirs fondamentaux » va à rebours de cette ambition.

Recul de la place du concours : un accès au métier rendu plus difficile

Cette année sera la dernière où les concours se dérouleront en fin de M1. A compter de 2022, il faudra être titulaire d’un M2 pour passer le CRPE. En faisant mine d’allonger le temps de formation des enseignant-es, Jean-Michel Blanquer vise de fait une réduction des postes de fonctionnaires et crée des conditions de précarisation d’entrée dans le métier.

Exit le statut de fonctionnaire stagiaire qui permet d’apprendre son métier en étant rémunéré. Combien d’étudiant·es auront les moyens de financer 5 années d’études sans garantie d’être recruté·e ? En outre, l’année de M2 va encore être alourdie : à la responsabilité de classe, la validation du master et du mémoire va s’ajouter la préparation et la passation du concours.

Il faut aussi souligner que de ces deux années de formation (master 1 & 2), tout le monde ne pourra sortir gagnant. Ceux qui échoueront au concours, à l’issue de leur formation, n’auront plus qu’à rejoindre la cohorte de contractuel-les. Il y a tout à parier qu’un tel dispositif permet de poser les bases d’un service public fonctionnant à terme sans fonctionnaires et de préparer la contractualisation de tou-tes les enseignant-es.

En précarisant les aspirant-es professeur-es, en les privant de statut, de salaire digne de ce nom, et de garantie d’embauche, ce projet ferme la porte à toute une frange de la population pour qui assumer 5 années d’études supérieures (de la L1 au M2) est tout simplement impossible. La disparition des prérecrutements avait déjà fortement orienté le profil des enseignant-es, de moins en moins issu-es des milieux populaires. Or on sait que le décalage qui existe parfois entre l’origine sociale des enseignant-es et celle de leurs élèves peut être source d’incompréhension et de malentendu qui interfèrent avec les apprentissages. Il est clair qu’avec un tel schéma de formation, ce constat n’en sera que renforcé.

Des étudiant-es contractuel-les dans les classes

Le projet d’arrêté de master MEEF institue des « contrats d’alternance ». Des étudiant-es contractuel-les seront en responsabilité de classe à raison d’un tiers-temps hebdomadaire, pendant douze semaines, dès le M2.

De plus, depuis la rentrée 2019, dans certaines académies, des étudiant-es entrant en L2, se voient proposer des contrats d’AED de 3 ans, pour une rémunération allant de 700€ en L2 à 980€ en M1. Une façon non déguisée de pallier à coût réduit les difficultés de recrutement et de remplacement. Ces missions d’enseignement sous statut contractuel, rémunérées à l’heure, représentent un maigre salaire pour pouvoir vivre et se former dignement et sereinement tout en mettant l’étudiant-e à la merci de son employeur-formateur. Elles sont aussi loin d’une entrée progressive et accompagnée dans le métier.

Le SNUipp-FSU dénonce le recours à une main-d’oeuvre bon marché, revendique des enseignant-es recruté-es et formé-es face aux élèves.

Déclinaison parisienne

À Paris, les équipes de l’INSPE travaillent sur les maquettes du nouveau master pour tenter de répondre aux demandes ministérielles. Comme à son habitude, le Ministère entretient savamment la confusion en faisant des arbitrages de dernières minutes, obligeant tout le monde à travailler dans la précipitation sans possibilité de recul, de réflexion ou de concertation collective, aboutissant à des arbitrages qui ne satisfont personne…

L’Académie de Paris doit également faire des arbitrages, concernant notamment les modalités de mise en stage des étudiant-es. Ce qui se profile pour l’instant est loin d’être satisfaisant. L’ensemble des étudiant-es de M2 seraient recrutés avec des cintra d’alternance, mis en stage en responsabilité dès la rentrée. Aucune possibilité donc de se former et se préparer au concours sans subir cette pression supplémentaire que représente la prise en charge de classes. À moins de se tourner vers des officines privées, ce que ne manqueront pas de faire ceux qui en ont les moyens.

Dans un contexte de crise sanitaire, le gouvernement poursuit son projet mortifère pendant que la profession est accablée par la vie perturbée des écoles et le flot d’injonctions qui se déverse sur les enseignant-es et les chargé-es de direction depuis des mois. Dans ce contexte, il est très difficile de partager nos réflexions, de se rencontrer pour débattre, de se mobiliser et de se projeter dans l’avenir. Pourtant, il y a urgence. La formation initiale est l’un des principaux leviers de transformation de l’école, il est nécessaire de nous saisir de cette question.

Un projet ambitieux de formation initiale porté par le SNUipp-FSU

Le SNUipp-FSU revendique des pré-recrutements dès la L1 et à tous les niveaux du cursus, un concours placé en fin de L3 suivi d’une formation initiale professionnelle de deux ans, rémunérée, sous statut de fonctionnaire stagiaire et validée par un master. Les stages doivent s’inscrire dans une logique de formation pleinement articulée à l’INSPE, inclure des temps de préparation et d’analyse de pratiques et permettre de découvrir tous les cycles. Une première année de titulaire à mi-temps en classe permettrait de construire des compléments didactiques et disciplinaires, pour s’exposer à l’analyse de pratique. Enfin, la formation initiale doit se poursuivre en T2.

Pour le SNUipp-FSU, la formation initiale doit permettre aux futur-es enseignant-es de pouvoir enseigner toutes les disciplines de l’école primaire. Elle doit également permettre à chacun-e de devenir enseignant-e. Pour cela, elle doit croiser la recherche, avoir un contenu riche couvrant tous les pans du métier et des stages progressifs permettant d’articuler théorie et pratique. Enseigner est un métier qui s’apprend, il est grand temps d’investir dans la formation initiale !

Une entrée dans le métier de plus en plus difficile

Défendre une formation de qualité, c’est défendre la professionnalité des professeur-es des écoles et oeuvrer pour une amélioration globale de l’École. Depuis 2013 et le passage à la masterisation, la formation initiale a été fortement dégradée, rendant de plus en plus difficile l’entrée dans ce métier exigeant.

Aujourd’hui les néo-titulaires prennent leur premier poste avec de graves carences de formation. Propulsé-es dans des classes avec peu d’outils, peu d’accompagnement, sur des postes souvent difficiles, après une année de stage éreintante, les nouveaux enseignant-es vivent souvent leurs premières années comme un calvaire. Couplé à un salaire trop faible, une reconnaissance sociale et professionnelle quasi-nulle, et une immobilité professionnelle subie (difficulté à obtenir une mutation, un détachement, un temps-partiel ou une disponibilité) personne ne sera surpris que le métier manque aujourd’hui d’attractivité et rencontre une grave crise de recrutement.

Il est urgent d’agir pour revaloriser financièrement les enseignant-es, reconnaitre leur professionnalité, leur donner les outils réflexifs pour concevoir leurs enseignements et assouplir la mobilité professionnelle. Malheureusement, ce qui se profile est tout autre. Le projet libéral porté par le gouvernement Macron ne fait qu’accentuer ces amers constats en appauvrissant la formation initiale, en précarisant encore plus les aspirant-es enseignant-es, en allant toujours plus loin dans le New Management Public et le démantèlement de la fonction publique… Il est urgent de réagir et de s’opposer à cette vision mortifère de l’École publique !


Schéma comparatif du parcours de formation avant et après la réforme

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