Les évaluations nationales CM2 de 2010 sont aussi ineptes que celles de 2009 d’un point de vue pédagogique. Ce n’est pas le retrait de deux items correspondant à des compétences de fin de CM2 (plus-que-parfait et division par un décimal) qui va suffire à les améliorer. Certains exercices ne sont pas appropriés au niveau des élèves et à la période de l’année. De plus, le codage binaire (même si un code 9 pour absence de réponse a été introduit) ne permet pas de rendre utiles ces évaluations ni pour les enseignants ni pour les élèves dans le processus d’apprentissage de ces derniers.
Le ministère a également indiqué que le codage binaire correspondait aux objectifs même de l’évaluation : il ne permet pas d’aider l’élève, mais l’enseignant est capable de repérer ce qui pose problème… Le ministère persiste et signe pour une conception inique de l’évaluation.
Ces évaluations ont bien pour but de classer et trier : trier les élèves, trier les enseignants et, enfin, trier des écoles selon les performances des élèves à ces évaluations. Si la mobilisation des enseignants et des parents d’élèves l’an passé a empêché le gouvernement de publier les résultats école par école, il faut rester vigilant. Le gouvernement ne se privera pas de cet outil s’il décide de supprimer la carte scolaire dans le premier degré, ou encore lorsqu’il s’agira de payer les enseignants au mérite.
L’introduction d’une prime de 400 euros versée pour la passation des évaluations va bien dans le sens de l’individualisation des rémunérations. Le SNUipp condamne cette individualisation qui correspond à la volonté gouvernementale de « diviser pour mieux régner » et réclame avec la FSU une hausse des rémunérations pour tous.
Certaines recherches montrent également les dangers du pilotage du système éducatif par les résultats d’évaluations nationales en partant de l'expérience américaine, plus ancienne que celle de l'Europe. Les professeurs, sous la pression des tests, tendent à réduire le programme enseigné et adaptent leurs cours aux sujets des tests. Au final, les enseignants passent un temps disproportionné à enseigner pour les tests…
Les évaluations de CM2 et de CE1 ont été condamnées par parents et enseignants. Au niveau départemental, après avoir appelé au boycott, le SNUipp a repris la consigne unitaire nationale de non passation des items portant sur des points non encore étudiés et de remontée anonymée des résultats. Au niveau national, la consigne a été suivie par environ 30% des collègues. À Paris, l’ancien inspecteur d’académie a multiplié les pressions sur les directeurs et directrices d’école, même si les décisions de boycott ou de remontée partielle des résultats avaient été prises collectivement. Malgré les menaces, aucune sanction n’a finalement été prise.
Les résultats n’ont pas été publiés école par école, mais académie par académie. L’ancien inspecteur d’académie s’était réjoui de voir l’académie de Paris en tête du classement… Peu lui importait que ces résultats étaient notamment tronqués par les aides apportées aux élèves par les enseignants dans les classes…
Enfin, ces évaluations ont même été critiquées par un groupe de parlementaires Ump. Pour ces derniers, il faut "mieux associer la communauté éducative" aux évaluations, mais cette concertation "a fait assez largement défaut" l’an passé. La méthode doit également être incontestée, "ce qui n'a pas été le cas". Malgré ces critiques en provenance du camp du ministre, Luc Chatel s’entête…
Pour le SNUipp, si évaluer les élèves est
nécessaire, l’évaluation, pour être
pertinente pédagogiquement, doit répondre à
certains objectifs. Elle doit permettre aux élèves de se
situer dans leurs apprentissages, de connaître leurs acquis,
leurs progrès et comprendre comment dépasser leurs
erreurs. Elle doit amener les enseignants à analyser les acquis
de chaque élève, ses difficultés afin de pouvoir
l’aider à y remédier. Enfin,
l’évaluation est un support utile pour communiquer avec
les parents sur les progrès et les difficultés
rencontrés par leurs enfants.
En aucun cas, évaluer ne doit servir à classer ni les élèves, les enseignants ou les écoles.
Au niveau national, le SNUipp FSU appelle les enseignants à ne faire passer uniquement les exercices correspondants à des notions étudiées depuis le début de l’année (l’utilisation du code 9/absence de réponse sera utilisé pour les autres).
Il appelle également à ne rendre compte des résultats nominatifs qu’aux élèves et aux parents de la classe concernée.