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Professeurs des écoles stagiaires une génération sacrifiée ?

publié le 23 juin 2011

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La section de Paris du SNUipp-FSU et le « chantier travail » de l’Institut de la FSU ont entrepris d’étudier comment les professeurs des écoles stagiaires (PES) vivent leur entrée dans le métier et affrontent la situation qui leur est faite.
Il s’agit ainsi de rendre visible cette part cachée, difficile à extérioriser, d’une activité que les PES vivent, avant d’entrer dans le métier, comme une promesse de réalisation de soi et d’engagement citoyen et qu’ils vivent depuis qu’ils ont pris leur classe en responsabilité comme un travail parfois frustrant et souvent épuisant. Cette recherche doit permettre d’illustrer ce que peuvent produire des décisions politiques quand les situations de travail des premiers intéressés sont ignorées de ces décisions et de leur processus d’élaboration.

Peut-on impunément oublier que les réformes dans le domaine de l’éducation passent nécessairement par le travail réel de ceux et celles qui les mettent en œuvre ?
Les PES, titulaires d’un master, ont passé un concours de recrutement de professeur des écoles en mai-juin 2010. A Paris, ils ont suivi un stage d’observation chez un maître formateur en septembre – octobre et ont pris une classe en responsabilité à la rentrée des vacances de Toussaint.Ils ont pu suivre depuis la rentrée des journées de réflexion et formation pédagogiques co-organisées par le SNUipp Paris et le GFEN (Groupe français d’éducation nouvelle).
Un certain nombre d’entre eux ont été volontaires pour se prêter à des interviews approfondies dont des membres de l’Institut de recherches de la FSU ont fait la synthèse. Celle-ci a été soumise à l’avis des interviewés. Puis deux débats collectif ont été organisés : l’un avec tous les interviewés, l’autre avec l’ensemble des participants aux journées de formation évoquées ci-dessus. Ce texte est ainsi une production collective professeurs stagiaires, SNUipp-75 et Institut de la FSU. Ce qui suit est une version très raccourcie pratiquement sans verbatim et qui ne retient que les principales conclusions tirées de ce processus de recherche.

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« Des élèves qui se lèvent, qui rampent… J’en parle pas … si je dis que j’ai des difficultés, je vais être jugé… »

Le sentiment de solitude professionnelle est largement partagé chez les PES.
Pourquoi des échanges sur le travail sont difficiles à avoir ? Le premier obstacle est le manque de temps disponible des uns et des autres, IMF (maîtres formateurs), collègues de l’école, enseignants d’IUFM. Le deuxième obstacle est la confiance, confiance en soi pour oser parler de ses difficultés, et la confiance dans les autres. Ainsi, les rapports avec le tuteur, qui apparaît comme un évaluateur, ne permettent pas de parler des difficultés de gestion de la classe.
Cette impossibilité d’échanger vraiment sur le métier, de mettre à distance ses pratiques est douloureusement vécue.
Finalement, ce que cherchent les PES, ce sont des espaces pour discuter du travail et du métier et apprendre ensemble par ces controverses.

« Il y a un tel écart entre ce qu’on veut faire… et bien faire…et ce qu’on peut faire… »

Le choix du métier s’est fondé sur des valeurs fortes : être un médiateur de savoirs, transmettre du sens.
Le besoin de créativité dans l’activité même est toujours là, mais les déceptions face aux réalités de l’exercice du métier sont parfois énormes. Toutes les facettes du métier, dans leur réalisation concrète, sont problématiques : la gestion de classe, les préparations, les cahiers, l’intégration dans les collectifs et les équipes. Difficile aussi le sentiment de ne pas pouvoir faire ce que l’on souhaiterait, le travail « empêché ».

« Où trouver ce qui me permet de progresser ? »

Les PES ont le sentiment d’être trop souvent démunis face aux tâches de réalisation du travail au quotidien.
Ils explorent les espaces, les personnes, les moyens à leur disposition à partir desquels ils tentent de se construire des outils efficaces pour réaliser leurs tâches. Les questions lancinantes qui taraudent tous les PES : où trouver les réponses à toutes les questions qu’on se pose ? Comment réduire le décalage, entre ce que peuvent nous apporter les uns et les autres et les besoins qu’on ressent ?
Comment peut-on progresser ?

« Dans quelques années, je serai formé… en attendant, je me contente de quelques éclairs, quelques flash… »

Des PES avouent qu’ils se posent ou se sont posé la question de la démission. Le débat intérieur sur la qualité du travail qu’on fait, son efficacité, sa pertinence est toujours présent.
L’absence de formation est mise en cause. Pour cette année, les PES se rendent compte qu’il sera sans doute difficile de redresser la barre. La question est d’abord de tenir jusqu’à la fin de l’année, puis d’apprendre le métier après.
La pression mise de toute part est dure à supporter. Les attentes de l’institution, des parents, des élèves pèsent lourd. La gestion du temps ne laisse aucun répit. L’absence de formation est à l’origine « ampute » leur travail, elle restreint le plaisir de réaliser le travail dont ils ont rêvé, conçu selon leurs normes et leurs valeurs. Elle rend problématique l’accès à des collectifs de travail qui faciliteraient la transmission du métier.

Ce que disent les professeurs des écoles stagiaires dénonce, d’une part, la façon dont l’institution les traitent :

« On nous demande de former des citoyens et on ne nous considère pas comme des citoyens, on nous infantilise ».Et, d’autre part, le manque de formation, de transmission du métier, de ressources mises à leur disposition pour réaliser un travail de qualité, pour développer aussi leur expérience et leur efficacité, et finalement prendre plaisir à exercer un métier qu’ils aiment.
Cette formation devrait être orientée vers le travail réel des enseignants, au-delà des prescriptions et des tâches à réaliser.

Ils exigent donc la mise en place d’un véritable plan de formation pour leurs premières années d’exercice, dès l’an prochain.


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