Accueil du site > Jeunes enseignants > Professeurs stagiaires (PES) > Professeurs des écoles une génération sacrifiée ?

Professeurs des écoles une génération sacrifiée ?

publié le 6 septembre 2011

g

La section de Paris du SNUIPP et le « chantier travail » de l’Institut de la FSU ont entrepris d’étudier comment les professeurs des écoles stagiaires (PES) vivent leur entrée dans le métier et affrontent la situation qui leur est faite. Il s’agit ainsi de rendre visible cette part cachée, difficile à extérioriser, d’une activité que les PES vivent. Cette recherche permet d’illustrer ce que peuvent produire des décisions politiques quand les situations de travail des premiers intéressés sont ignorées de ces décisions et de leur processus d’élaboration.

Un certain nombre de PES de l’an dernier ont été volontaires pour se prêter à des interviews approfondies dont des membres de l’Institut de recherches de la FSU ont fait la synthèse. Celle-ci a été soumise à l’avis des interviewés. Ce texte est ainsi une production collective professeurs stagiaires, SNUipp-75 et Institut de la FSU. Extraits.

« Des élèves qui se lèvent, qui rampent… J’en parle pas… si je dis que j’ai des difficultés, je vais être jugé… »

Le sentiment de solitude professionnelle est largement partagé chez les PES. Le premier obstacle est le manque de temps disponible des uns et des autres, maîtres formateurs, collègues de l’école, enseignants d’IUFM. Le deuxième obstacle est la confiance en soi pour oser parler de ses difficultés, et la confiance dans les autres. Ainsi, les rapports avec le tuteur, qui apparaît comme un évaluateur, ne permettent pas de parler des difficultés de gestion de la classe.

Cette impossibilité d’échanger sur le métier, de mettre à distance ses pratiques est douloureusement vécue.

Finalement, ce que cherchent les PES, ce sont des espaces pour discuter du travail et du métier.

« Il y a un tel écart entre ce qu’on veut faire… et bien faire…et ce qu’on peut faire… »

Le choix du métier s’est fondé sur des valeurs fortes : être un médiateur de savoirs, transmettre du sens.

Le besoin de créativité est toujours là, mais les déceptions face aux réalités de l’exercice du métier sont parfois énormes. Toutes les facettes du métier, dans leur réalisation concrète, sont problématiques : la gestion de classe, les préparations, les cahiers, l’intégration dans les collectifs et les équipes. Difficile aussi le sentiment de ne pas pouvoir faire ce que l’on souhaiterait, le travail « empêché ».

« Où trouver ce qui me permet de progresser ? »

Les PES ont le sentiment d’être trop souvent démunis face aux tâches de réalisation du travail au quotidien.

Les questions lancinantes qui taraudent tous les PES : où trouver les réponses à toutes les questions qu’on se pose ? Comment réduire le décalage, entre ce que peuvent nous apporter les uns et les autres et les besoins qu’on ressent ? Comment peut-on progresser ?

« Dans quelques années, je serai formé… en attendant, je me contente de quelques éclairs, quelques flash… »

Des PES avouent qu’ils se posent ou se sont posé la question de la démission. Le débat intérieur sur la qualité du travail qu’on fait, son efficacité, sa pertinence est toujours présent.

L’absence de formation est mise en cause. Pour cette année, les PES se rendent compte qu’il sera sans doute difficile de redresser la barre. La question est d’abord de tenir jusqu’à la fin de l’année, puis d’apprendre le métier après.

La pression mise de toute part est dure à supporter. Les attentes de l’institution, des parents, des élèves pèsent lourd. La gestion du temps ne laisse aucun répit.

L’absence de formation est à l’origine « ampute » leur travail, elle restreint le plaisir de réaliser le travail dont ils ont rêvé, conçu selon leurs normes et leurs valeurs. Elle rend problématique l’accès à des collectifs de travail qui faciliteraient la transmission du métier.


© SNUipp-FSU Paris | 11 rue de Tourtille 75020 | tél. : 01 44 62 70 01 | Nous écrire | SPIP | | | Suivre la vie du site RSS 2.0