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Masters en alternance : fausse bonne idée

publié le 9 mai 2011

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Avec la réforme dite de « masterisation », le gouvernement marche vers la casse des concours. En effet, celle-ci permet d’avoir un vivier de reçus au master et collés au concours que le gouvernement souhaite recruter avec des contrats précaires, profitant de la pénurie de postes aux concours. Avec la promesse, si facile à ne pas tenir, d’un accès aux concours internes si on parvient à enchaîner 6 ans de contrats. Les masters en alternance sont la première tentative de recrutement massif : à titre d’exemple, le recrutement des 20 000 étudiants en masters de préparation au CRPE, à hauteur d’un jour par semaine, représenterait l’équivalent de 5 000 postes… alors qu’il n’y a que 3 000 postes au concours ! La logique est donc nette : il s’agit de réduire le recrutement par concours et d’augmenter le recrutement par contrats, ce qui est un recul considérable. C’est inacceptable !

Plusieurs Académies ont décidé de mettre en place ces masters. Il s’agirait de décupler le temps de stage pour atteindre l’équivalent d’un jour par semaine pour ce qui concerne le premier degré. Pour le SNUipp-FSU Paris, ces projets représentent un grand danger pour les étudiants et les personnels.

Une arnaque financière

Le recteur de Versailles a précisé ce projet. Il s’agirait d’embaucher, dès la licence, des étudiants comme assistants d’éducation, au tarif de 9 € de l’heure, puis des vacataires en master, au même tarif que cette année (l’équivalent de 617 € brut de la semaine) ; soit 154 € brut par jour travaillé. Si l’on travaille en moyenne 3 jours par mois, cela fait environ 300 € net. C’est une véritable arnaque : c’est comme si on embauchait des enseignants pour l’équivalent de 1 400 € par mois, alors que le salaire d’un débutant est de 1 550 €. Pour un contrat qui plus est précaire, c’est particulièrement scandaleux. C’est un moyen pour le ministère de faire des économies en payant des remplaçants à un salaire très inférieur à celui des titulaires.

Cette arnaque est d’autant plus nette si l’on sait que cette journée par semaine en classe était demandée aux PE2 avant la réforme. Mais, ils ne touchaient pas 300 € mais… 1 400 € par mois pour travailler et se former au métier.

Un danger pour les étudiants

En classe une journée par semaine, comment pourrait-on en même temps apprendre le métier et préparer le concours ? Pour mémoire, les PE2 avaient une journée de stage filé en école et trois jours à l’IUFM. Il avait été alors comptabilisé que leur temps moyen de travail était de 46 h, et que la journée de stage nécessitait 6 h 30 de préparation et 9 h 30 de travail le jour du stage (sans compter qu’il n’y avait pas alors d’aide personnalisée à effectuer le midi). Les maîtres formateurs étaient obligés de conseiller aux stagiaires de se reposer au moins un jour le week-end pour ne pas craquer… Un stage filé d’un jour par semaine, ce qui est en projet à Paris pour trente M2 de l’an prochain, est beaucoup plus difficile à tenir que deux ou trois semaines de stage groupé car cela rend plus difficile le lien avec les élèves et nécessite un rythme très soutenu pendant toute l’année.

Alors, comment avoir le temps de préparer le concours dans ces conditions, et comment se former au métier ? Le master en alternance risque fort d’être une usine à rater le concours.

Un grand danger pour la fonction publique

La valeur du master EEM est déjà limité en dehors du concours. S’il comporte autant de périodes de stages et donc moins de temps de cours, sa valeur pour continuer des études ou être embauché ailleurs que dans l’Education nationale sera réduite à néant.

Et surtout, l’embauche de milliers d’étudiants sous contrat serait une porte grande ouverte au recrutement de précaires dans l’Education nationale et de nouvelles réduction des postes offerts aux concours. Dans l’Académie de Créteil, les modalités de stage en discussion portent d’ailleurs sur des stages groupés permettant de remplacer les enseignants absents ou en formation continue.

Toutes ces académies n’ont donc aucun scrupule à « prêter » des milliers d’élèves pour que les étudiants découvrent le métier…


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