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Ecoles du Bas-Belleville (20e) en danger ! 21 juin 2011 - 14e semaine d’occupation

publié le 21 juin 2011

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Réponse à Luc Chatel, ministre de l’Education nationale, suite à l’intervention de la Députée Danièle Hoffman-Rispal à l’Assemblée nationale

Paris, le 21 juin 2011

Monsieur le Ministre,

Votre réponse à Mme Danièle Hoffman-Rispal sur la situation des quatre écoles du Bas-Belleville lors de la question orale sans débat de ce 7 juin à l’Assemblée nationale ne saurait nous satisfaire et, comme Mme Hoffman-Rispal, nous vous invitons à venir constater sur place la légitimité de nos revendications.

Alors que depuis des mois nous nous évertuons à vous démontrer que les suppressions de postes concernant nos quatre écoles pour la rentrée 2011 - fermeture d’une classe, suppression d’un poste RASED et suppression d’un poste de remplaçant - ne tiennent pas compte des spécificités propres à notre quartier et qu’elles auront des conséquences désastreuses, vous faites la sourde oreille à nos arguments et vous vous fondez sur des comparaisons avec des moyennes parisiennes ou nationales pour rejeter en bloc nos revendications. Le principe du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux vous empêche ainsi visiblement de faire preuve de discernement en matière de carte scolaire.

Vous rappelez que l’éducation prioritaire, dont relèvent nos écoles, mobilise dans l’académie de Paris des « moyens supplémentaires qui représentent l’équivalent de 341 emplois ». Remarquez que sur les 43 878 enfants concernés par l’éducation prioritaire à Paris (source : Académie de Paris), ces 341 emplois ne représentent que 0,008 emploi par enfant. Le principe même de l’éducation prioritaire est de réduire l’impact des facteurs sociaux sur la réussite scolaire en renforçant l’action pédagogique dans les écoles qui scolarisent majoritairement des élèves issus de familles socialement défavorisées. Ces moyens ne sont pas « supplémentaires » mais nécessaires. En effet, les données sociologiques de la population de notre quartier montrent que notre quartier a des besoins qui vont bien au-delà des critères de classement en zone d’éducation prioritaire : 37% de non diplômés contre 25% à Paris, 17% de chômeurs contre 11,4% à Paris, 8,1 % de bénéficiaires du RMI contre 4,5% à Paris, 60% d’élèves reçus au brevet des collèges contre 80% à Paris, 37% de logement sociaux contre 15% à Paris, 58% d’enfants issus de familles appartenant à des catégories socioprofessionnelles défavorisées contre 36% en ZEP, 43% en RAR et 21% à Paris… (sources : APUR, CAF, CNAM, recensement, annexe au projet d’école triannuel Tourtille). Les moyens alloués à nos écoles devraient donc être réévalués en conséquence.

Quant au système de l’aide personnalisée mis en place en 2008, il est parfaitement inéquitable puisqu’il attribue les mêmes moyens à tous alors que tous n’ont pas les mêmes besoins. La suppression de 2 h d’enseignement par semaine et le passage à la semaine de 4 jours ont montré leur inefficacité. Celle-ci est actuellement remise en cause par vos propres services. De plus, vous avez justifié la suppression progressive des RASED par la mise en place de l’aide personnalisée. Comme vous l’indiquez, ils sont 357 sur Paris, mais étaient plus de 1 000 il y a quelques années. Or les RASED ont reçu une formation spécifique pour prendre en charge des enfants présentant de grandes difficultés qui perdurent malgré les aides que le maître de la classe apporte ; cette aide ne peut être remplacée par un simple soutien scolaire. Vous semblez en outre confondre garderie après 16h, emploi du temps des parents et prise en charge spécialisée des enfants en grande difficulté.

Aussi, vous n’êtes pas sans savoir que le poste surnuméraire de soutien lecture mis en place sur les quatre écoles de 2005 à 2008 a montré son efficacité. L’accent mis sur la lecture a eu des résultats décisifs sur le niveau scolaire global de tous les élèves. Vous qui accordez tant d’importance aux « fondamentaux », vous conviendrez avec nous que l’insuffisance de moyens à l’école maternelle et élémentaire a des conséquences directes dans le secondaire ; en témoignent les difficultés rencontrées par le collège Colette Besson, collège qui regroupe un grand nombre d’enfants de notre quartier. Chaque suppression de poste a des incidences négatives.

Par ailleurs, nous venons d’apprendre une nouvelle suppression, celle du poste d’assistant d’éducation dédié à l’informatique sur l’école Ramponeau à la rentrée 2011. Vous aurez ainsi la responsabilité de l’aggravation de la fracture numérique, que vous dénoncez à juste titre.

Concernant le passage de 150 inscriptions en 2006 à l’école maternelle Tourtille à 122 en 2011 (et non 110 comme vous l’avancez), il s’explique, comme dans tout l’Est parisien, par une dégradation des moyens de l’école publique, qui provoque une fuite des familles qui en ont les possibilités vers l’école privée. La proportion d’élèves issus de familles défavorisées, elle, y augmente mathématiquement, mais vos critères d’attribution de moyens restent inchangés, initiant un tour supplémentaire dans cette spirale. 22 ou 23 enfants par classe en moyenne, c’est déjà trop dans notre quartier. Nous ne demandons pas une stagnation du nombre moyen d’enfants par classe, mais une diminution. Quoi qu’il en soit, nous en sommes à ce jour à 24,5 à la maternelle Tourtille : tenez compte des chiffres fournis par l’école, et non par vos services statistiques.

De nombreuses études scientifiques démontrent le bénéfice des faibles effectifs. Ainsi, Thomas Piketty et Mathieu Valdenaire, économistes à l’EHESS (source : publication du ministère de l’Education nationale, mars 2006), révèlent que la suppression de la légère politique de ciblage des moyens en faveur des ZEP (taille alors moyenne des classes de 20,9 en ZEP, contre 22,8 hors ZEP) conduirait à une progression de 14 % de l’écart moyen de réussite scolaire entre écoles ZEP et non-ZEP, créant des ghettos scolaires. Trouvez-vous acceptable sur le plan moral, supportable sur le plan social et efficace sur le plan économique qu’une partie de la population de notre pays soit laissée pour compte ?

Nous déplorons votre logique comptable systématique, par laquelle vous semblez vouloir nous mettre en concurrence avec les autres établissements scolaires du territoire. Sachez que nous sommes solidaires des nombreux mouvements de contestation qui s’élèvent contre la politique de réduction de moyens sur tout le territoire.

Nous exigeons le maintien de tous les postes menacés de suppression sur nos écoles et exigeons que ce maintien ne se traduise pas par la suppression d’autres postes. Nous refusons que les postes qui ne sont pas devant classe (RASED, soutien, assistant d’éducation, remplaçant…) soient successivement supprimés, année après année.

Enfin, nous demandons une augmentation du taux d’encadrement – pas plus de 20 enfants par enseignant, taux moyen des pays de l’OCDE, parmi lesquels la France fait partie des moins bien lotis en la matière -, des moyens supplémentaires pour tous les établissements scolaires et le vote d’un budget traduisant une véritable volonté politique quant à la qualité du service public de l’éducation.

La presse (Rue 89, Politis, L’Humanité, Radio suisse RSR, France Inter, Libération, le Café pédagogique, le75020.fr, LeMonde.fr/Direct matin…) se fait le relais de notre action, et de nombreux élus locaux et nationaux la soutiennent. Soyez assuré que les vacances scolaires n’auront par raison de notre détermination.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de nos salutations distinguées.

Les parents d’élèves des écoles maternelle Pali Kao, élémentaire Ramponeau, élémentaire Tourtille, maternelle Tourtille.

Contact : ecolesbasbelleville@gmail.com


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